La sclérose en What ?
La sclérose en plaques, c’est plus de 110 000 cas en France
et autant de malentendus sur cette maladie.

La Médecine Physique et de Réadaptation, kesako ?

Par la Dr. Anne Blanchard-Dauphin
Service de Médecine Physique et Réadaptation - Hôpital Swynghedauw - CHU de Lille

La Médecine Physique et de Réadaptation (MPR).

La Médecine Physique et de Réadaptation est une spécialité médicale, au même titre que la neurologie ou la dermatologie, anciennement appelée « Rééducation et Réadaptation Fonctionnelle », assez méconnue du grand public comme des médecins en général.

Elle s’adresse à tous les âges (de la pédiatrie à la gériatrie), à une grande variété de pathologies (lombalgies, amputation, pathologies neurologiques aiguës ou chroniques, handicap congénital,…) et s’exerce sous des modalités très différentes (en centre ou service hospitalier de rééducation principalement, en consultation libérale). Le Médecin de Médecine Physique et de Réadaptation a, comme ses confrères des autres disciplines, un rôle diagnostique mais intervient surtout en seconde ligne et bien souvent à la demande d’autres médecins une fois le diagnostic posé, pour des traitements plus physiques que médicamenteux, en particulier tout ce qui a trait à la rééducation. Il est ainsi coordonnateur des différents paramédicaux de rééducation (kinésithérapeute, orthophoniste, orthoptiste, ergothérapeute, psychologue, neuropsychologue, psychomotricien, orthoptiste, pédicure-podologue, professeur d’activité physique adaptée) et prescrit, si besoin, des appareillages (orthèse pour la compensation d’un membre, prothèse pour l’absence d’un membre). Mais son rôle va bien au-delà et s’étend jusqu’à l’évaluation et l’amélioration du patient dans son environnement habituel, allant de son habitation, ses loisirs, son activité scolaire, professionnelle ou sa réinsertion, à la conduite automobile ou les aides sociales auxquelles il pourrait prétendre.

Le principe de la Médecine Physique est de prendre la personne dans sa globalité, d’améliorer dans la mesure du possible ses déficiences (les troubles de la marche par exemple), ses incapacités (c’est-à-dire le retentissement des difficultés de marche dans la vie quotidienne, éventuellement par le biais d’une attelle du pied, d’injections de toxine botulique dans les muscles spastiques) et son handicap qui constitue le niveau de répercussion dans la vie sociale, professionnelle ou familiale, en proposant d’adapter son véhicule, son poste de travail ou son logement selon ses besoins. Nous distinguons le mot « rééducation » de celui de « réadaptation ». Le premier concerne toutes les techniques visant à récupérer au maximum les capacités antérieures comme faire du renforcement musculaire sur un muscle qui a perdu de la force. Le second intervient lorsque les séquelles sont irrémédiables et que la rééducation n’a pas permis une récupération optimale. L’objectif est alors de les compenser par le choix d’aides techniques (fauteuil roulant, prothèse,…) ou l’aménagement de l’environnement de vie du patient (installation d’un monte-escalier, mise en place de commandes au volant sur la voiture,…).

MPR et sclérose en plaques.

Dans le cas de la sclérose en plaques, l’intervention d’un médecin de Médecine Physique et de Réadaptation a toute sa place en raison de la chronicité et de la diversité des symptômes de la maladie, de son impact important dans la vie quotidienne et du rôle majeur de tous les acteurs de la rééducation aux différentes phases de son évolution.

Au stade débutant, les signes ne sont pas forcément très gênants et la récupération peut être rapide entre deux poussées. Reste le problème de la fatigue qui est envahissante chez une grande majorité des personnes et pour laquelle aucun traitement médicamenteux n’est validé. C’est là qu’apparaît l’intérêt du professeur d’activité physique adaptée (APA), qui, par une formation spécifique durant ses études en Faculté du Sport, vous orientera dans la pratique d’activités physiques, voire sportives, selon votre niveau, votre motivation, votre temps et vos difficultés. Il est, en effet, démontré que l’activité physique pratiquée en endurance (sur la durée, pas forcément sur l’intensité) à un rythme d’au moins 2 à 3 fois par semaine durant 20 à 30 mn améliore la sensation de fatigue. Ceci est d’ailleurs également vrai pour la population générale. Pour trouver un professeur d’APA, vous pouvez contacter des Maisons de Santé, des services de rééducation, des associations sportives, certaines salles de sport ou des coachs privés qui interviennent à domicile. Même s’il y a eu beaucoup de publicité sur la prescription médicale de l’activité physique, il faut bien souligner qu’aucun remboursement n’est possible par la Sécurité sociale.

Lorsque certains symptômes de la maladie deviennent permanents et invalidants, le médecin de Médecine Physique vous proposera une prise en charge adaptée. La kinésithérapie pourra, par exemple, améliorer les troubles de l’équilibre et de la marche, la faiblesse musculaire, certaines douleurs, dans quelques cas l’incontinence urinaire. L’orthophonie sera prescrite pour les troubles de la déglutition, de la parole ou de la voix, pour des problèmes de langage, voire même pour des soucis d’écriture. L’orthoptie est une profession paramédicale orientée sur la rééducation des troubles visuels (vision double, fatigue visuelle, difficultés de vision des contrastes). Certains défauts de marche et de posture nécessitent la confection de semelles orthopédiques par des podologues. Ces différents intervenants de rééducation sont facilement accessibles en ville et remboursés par la Sécurité sociale. D’autres ne le sont pas, alors qu’ils peuvent être tout à fait indiqués. C’est le cas de la neuropsychologie qui permet l’évaluation et la rééducation des troubles cognitifs (mémoire, attention, raisonnement,…). À noter que certains orthophonistes peuvent proposer cette prise en charge, alors remboursée en libéral. Les psychologues cliniciens ont une action complémentaire et tout aussi importante, s’intéressant plutôt au retentissement psychique de la maladie et à son acceptation. La psychomotricité est axée sur la relation entre le corps et l’esprit (schéma corporel, relaxation, perception sensorielle et sensitive, coordination,…). L’ergothérapie est là pour rééduquer les membres supérieurs (précision du geste, force de préhension,…), pour améliorer les actes de la vie quotidienne (toilette, habillage, écriture, manipulation des outils informatiques, déplacements à l’intérieur ou à l’extérieur, préparation d’un repas,…), pour guider la personne dans le choix d’aides techniques les plus adaptées à ses difficultés et à ses activités (fauteuil roulant manuel ou électrique, coussin anti-escarre, pince à long manche, couverts grossis, aménagement du domicile, du véhicule,…). Et pour finir et même s’il ne s’agit pas d’intervenants de rééducation, l’aide des assistantes sociales est souvent indispensable pour guider les patients dans les méandres administratifs des aides sociales liées au travail, au handicap, au logement et autres.

Selon l’évaluation que le médecin de Médecine Physique aura pu faire en consultation, il adaptera un « plan d’attaque » de vos diverses difficultés, vous proposant soit des séances de rééducation en libéral si les difficultés restent modérées, soit une admission pour un séjour de plusieurs semaines en hospitalisation dans un service de rééducation. Les modalités (durée, admission en hôpital de jour, de semaine ou complète) dépendront des habitudes et de l’organisation du service, des disponibilités, et surtout de vos objectifs et de votre motivation. Il s’agit presque de « cures de remise en forme » étalées sur 3 à 6 semaines en général, permettant de profiter de l’ensemble des possibilités offertes par le monde de la rééducation sur un même lieu et un même temps, dédié à vos progrès et vos objectifs. Le « plateau technique » y est bien souvent varié, spécialisé voire assez technique (robot de marche, plateforme de rééducation de l’équilibre, machines de renforcement musculaire diverses, équipements sportifs, balnéothérapie,…).

C’est également à l’occasion de ces consultations que seront évoqués d’éventuels troubles vésico-sphinctériens qui pourront bénéficier d’évaluations et de prise en charge spécifiques, les divers traitements de la spasticité (hypertonie musculaire) allant des simples médicaments, aux injections de toxine botulique en passant par la chirurgie, ou un éventuel appareillage (orthèse de repos d’une main qui a tendance à se refermer, orthèse releveur pour un pied tombant, par exemple).

Les médecins de Médecine Physique et de Réadaptation sont donc polyvalents, travaillent en partenariat et en parfaite complémentarité avec votre médecin traitant, votre neurologue et les différents acteurs susceptibles d’améliorer votre situation. Ils peuvent être de bon conseil, quel que soit le stade de votre maladie. Le plus difficile est de pouvoir les consulter car ils sont peu nombreux en France. Vous les trouverez le plus souvent en service ou centre de rééducation.

Dr. Anne Blanchard-Dauphin.
Service de Médecine Physique et Réadaptation - Hôpital Swynghedauw - CHU de Lille