La sclérose en plaques,
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Ne laissez pas les autres
raconter votre histoire

Témoignez !

Le 8 août 2013

La sclérose en plaques, par Sergio.

« Je sais qu’elle ne partira pas
alors il faut qu’elle me soit utile. »

« Bonjour…

Je me présente : Sergio… 37 ans… artiste peintre (enfin !… j’essaye !).
Ne soyez pas surpris par les points de suspensions qui remplacent les autres signes de ponctuation… ils me permettent de reprendre haleine…
Je ne vais pas vous raconter mon parcours médical qui vous paraîtra commun… classique… Non ! Si je témoigne aujourd’hui c’est d’une part pour répondre à la vidéo d’Arnaud qui nous incite à nous exprimer et je l’en remercie… et d’autre part pour vous raconter cette étrange journée de Mai 2002… un mardi pour être plus précis…
Une journée ensoleillée où la température commence à remonter et le jour à se prolonger…
J’étais sorti et je rejoignais mon chez moi… ma tombe… pour mieux m’enterrer…
Tel un mort vivant j’avançais d’un pas saccadé… d’un pied qui frottait le sol comme pour creuser un sillon…
Ni porte d’entrée… ni porte de sortie… je m’étais enfermé et je ne laissais personne me visiter…
Chaque jour je sombrais !… touché par cet iceberg dur et froid que l’on appelle sclérose en plaques… c’est ce froid glacial qui traversait mes veines depuis quelques années déjà et paradoxalement c’est son souffle chaud qui caresse votre coup… qui lèche votre colonne comme le fait un chien affamé avec un os…
J’avais compris depuis longtemps maintenant que cette bête affamée… cette chienne fidèle ne me lâcherait plus… elle me suivait… elle se couchait dans un lit trop grand où elle a su prendre la place de celle qui partageait il n’y avait pas si longtemps encore ma triste vie…
Cette succube présente du matin au soir… je ne savais même pas à quoi elle ressemblait… informe… incolore… inodore… cachée dans mon dos m’empêchant parfois de me tenir droit comme un I…
Fatigué d’être fatigué par sa présence… c’est ce mardi de Mai 2002 que s’est passé dans ma conscience un bouleversement… plus qu’un bouleversement… un retournement… au propre comme au figuré… ce jour là je me suis retourné et je me suis retrouvé face à elle !… pour la première fois je l’ai vu baisser le regard… comme un enfant surpris en train de faire une bêtise… elle ne ressemble à rien de ce que l’on connaît… indéchiffrable… impalpable elle venait de comprendre que pour la première fois je venais de prendre le dessus… que je n’étais plus son objet… sa chose… les rôles étaient inversés… et depuis si longtemps je venais de rire… un rire franc et massif… et à partir de ce jour là j’en ai fait mon esclave…
Aujourd’hui ma sclérose en plaques travaille pour moi !… je ne la nourris pas… je ne lui donne pas à boire… je la laisse croupir dans un coin… je sais qu’elle ne partira pas alors il faut qu’elle me soit utile…  je veux l’épuiser… !!!

Je peux comprendre que mon témoignage en laisse perplexe plus d’un… mais ce que j’aimerai par dessus tout c’est que l’on occupe le terrain… chacun avec ses propres moyens… que l’on soit visible… oui !… que l’on soit visible… !!!

Bon courage à tous. »

Par Sergio.

 

Je vous laisse avec un texte écrit en 2010

Le plus beau présent :

Le plus beau présent que l’on m’a
offert je l’ai reçu à vingt sept ans…
Le genre de présent qui ne se marie
pas avec demain ni avec hier…
et que l’on n’attend pas forcément…
insaisissable… nébuleux… mystérieux…
loin d’être envisageable… qui surprend…
qui vous laisse sans voix… pantois…
bouche bée… les bras ballants…
le genre de présent que l’on ne reçoit qu’une
fois… le genre de présent qui appelle l’émoi…
qui invite la buée… qui esquisse quelques
perles… qui fait naître la gorge nouée…
comme une révélation désormais obligée à
assumer… le genre de présent que l’on
n’emballe pas… que l’on ne tend pas avec les
bras… que l’on effleure du bout des doigts…
que personne ne veut saisir… presser contre
soi… un présent rare que l’on n’exhibe pas…
ce présent je n’en suis pas fier mais il me fait
avancer… je ne l’ai pas voulu… il me fait tituber
parfois… il marche avec moi comme une ombre
impossible à nettoyer… je me rends compte
aujourd’hui que finalement ce cadeau
n’est devenu qu’un lourd fardeau...

Par Sergio - 2010.

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Rediffusion du 15/10/2010.

1 commentaire
15/07/2019 à 11:54 par Angélina
Pour moi aussi la révélation assumée a été par le dessin, la peinture, juste coucher les douleurs, les rêves, les questionnements, en bref; la vie...
Mon exutoire m a été quelque peu empêché par la colocataire imposée, mais après des moments de doutes, la vue, la vie, reprend le dessus

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